Carmin tu es mon sel et moi je suis ta voix.
Ton code est la couleur et ton aura la profondeur.
Cochenille, Kermès ou Garance,
Ta carnation me met en appétence
Et ton prétexte passionné est frondeur
Quand son propre visage s’y renvoie.
Sanctificatrice, innocente ou virginale
Ta nuance hellène porte le symbole
Des croyances et rites de l’Amour.
Tes reliefs d’affect se fardent des atours
Qui font les plus nobles oboles.
Ton pavillon est aussi printanier qu’hivernal.
Carmin tu es un drapeau dans lequel je m’enroule.
Sur le fil j’écris ma spontanéité,
Dans ton lit je couche mes éclats
Et des mots qui guerroient.
Ta cadence est ma vérité
Et ta déferlante une houle.
Tu captes, tu vibres et tu couronnes
Sans plus ni moins de renversements.
Tu brûles en douceur et ton état de nature
En tout point perdure.
Diurne autant que vespéral, tu es un serment
Qui à toutes âmes se donne.
De cérémonial, tu deviens cardinal.
Bagatelle, je suis sous ta tutelle.
Ton sucre est une aura de rire
Et ton soleil un été fol et frivole.
Loin des frimas rouges tu batifoles.
Dans ta vallée, pas de pire
Mais une primesautière escarcelle.
Badinage et hochet à la verte parure,
Tu vas et viens au gré de tes caprices.
Ta babiole se joue de tout, même de rien
Quand ton conte se déroule sous ma main.
Ton métier n’a plus ni chaînes ni lices,
Seules tes vétilles tissent ma suture.
Bagatelle, tu es une porte qui invite aux gondoles.
Ta parade accueille et fanfaronne,
Elle s’amuse en saltimbanque au rythme des agrumes.
Ton fruit permis est un rayon que je hume.
Brimborion dont la pulpe ronronne,
Ta prairie est de tous le meilleur des rôles.
