D’ores et jadis
Par Carmin le 26.02.10, 16:46 - Les surannéités - Lien permanent
Elle se réveilla.
Doucement.
Dans la torpeur du matin balbutiant.
…
Elle bailla, se frotta les yeux.
S’étira de tout son long, sentit avec délice son corps entier se tendre.
Jusqu’aux doigts de pieds. Et même le cou.
…
Elle chamailla son cuir chevelu, ébouriffant encore plus les cheveux déjà fous
de nœuds.
…
Elle bascula à plat ventre, tendit son minois vers la fenêtre basse, écarta le
store vénitien pour voir le dehors.
…
Soleil et feuilles d’automne. Belle lumière pastel. Diffuse et faufilante.
Pigeon librettiste sur le rebord. Sourire. Chat qui bondit sur le lit d’un
miaulement aigu. Frottage de truffe et de nez. Câlinage de babines et de
joues.
…
Elle rit en énervant le matou, sauta sur ses pieds. Matelas trampoliné, bonds
de liberté et envols béats. Patatras ! Tombée ! Douche.
…
Il est samedi. Il est midi.
Le parc est overdosé d’enfants de tous âges. Petits, moyens, grands.
Etourdissants. Des enfants. Ca piaille, ça crie, ça gigote, ça remue. Le
toboggan pleure sous le poids de la marmaille. Le sable vole, arraché du sol
par les Nike taille 28. Le tourniquet n’est plus. Certains parents hurlent à
tout va. D’autres ont déjà rendu les armes, silencieux. Statufiés devant les
gosses qui pissent dans les buissons ou se coursent, se crachant dessus la bave
au menton.
…
Elle avance. Au milieu du fatras stupéfiant. Son opium s’est éteint.
Paris s’assoupit. Le soleil tire sa révérence. L’air est plus frais maintenant
et les bancs sont orphelins. Vers la rue des Morillons, le bassin d’eau est un
énorme croissant au beurre bien cuit. Mordorés, les reflets des arbres y sont
lovés, accompagnés des derniers chatoiements du jour. Les feuilles embrassent
l’espace, prisonnières d’un marathon virevoltant. Leurs froissements pluriels
entonnent une mélodie qui appelle à la contemplation. Les gazouillis se sont
tus. Le toboggan a cessé de gémir. Le tourniquet est toujours dans le même
état : ni pire, ni mieux.
…
Elle rassemble ses espoirs et se lève. Elle sent le vent s’emmitoufler dans son
lainage. Elle croise ses bras autour d’elle, comme le ferait un amoureux. Pour
la réchauffer. Dans la suavité de ses bras. Angélique, elle sourit.
La vie est un matin auréolé. Un sud venté. Un soir séraphique.
